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Vendredi 1 février 2008
VOLTAIRE

Écrivain français (Paris 1694 - id. 1778).

Fils de notaire, Voltaire fait toute son éducation chez les jésuites du lycée Louis-le-Grand. Introduit de bonne heure par son parrain, l'abbé de Châteauneuf, dans la société du Temple, milieu de bons vivants et de libertins, il y acquiert rapidement le goût des plaisirs et des conversations brillantes sur des sujets à la mode.

Batailles et disgrâces

Quelques philippiques contre le Régent lui valent un premier séjour à la Bastille (1717/1718) durant lequel il lit Homère et Virgile, termine sa tragédie Œdipe (qui sera représentée avec grand succès en 1718) et commence le poème de La Ligue, première version de La Henriade.

Sorti de prison, il prend le nom de Voltaire, anagramme de son nom (AROVET Le Ieune), hérite d'une jolie fortune à la mort de son père (1722) et commence une carrière de dramaturge (L'Indiscret, comédie, 1725) et de poète mondain. Une dispute qui l'oppose en 1726 au chevalier de Rohan-Chabot lui vaut un deuxième séjour à la Bastille, par lettre de cachet. C'est à cette occasion que le chevalier, manifestant du mépris pour ce bourgeois sans nom, s'était vu répondre : " Mon nom, je le commence, et vous finissez le vôtre. " Aussitôt libéré, Voltaire s'exile en Angleterre, où il est accueilli par son ami Bolingbroke, le leader tory. À Londres, il rencontre Pope, Swift et publie La Henriade (1728). De retour en France, il reconquiert peu à peu la société parisienne. Il donne des tragédies inspirées de Shakespeare : Brutus (1730), Ériphyle (1732), Zaïre (1732) et Adélaïde du Guesclin (1734). Enfin, après l'Histoire de Charles XII (1731), il publie sans autorisation les Lettres philosophiques (1734), éloge du progrès à l'anglaise et première " bombe " contre l'Ancien Régime.

Une lettre de cachet l'oblige aussitôt à s'exiler en Lorraine. Accueilli au château de Cirey, chez Mme du Châtelet, il y restera jusqu'en 1749. Un théâtre est installé au grenier, et c'est là une véritable fièvre de représentations dramatiques. Voltaire écrit alors tragédies et comédies à un rythme soutenu : La Mort de César (1735), Alzire ou les Américains (1736), L'Enfant prodigue (1736), Zulime (1740), Mahomet ou le Fanatisme (1741), Mérope (1743). Il fait scandale avec le libertinage du Mondain (1736), mais se montre plus modéré dans ses Discours sur l'homme (1738/1745). Il s'occupe alors de physique, de chimie, d'astronomie, écrit une Épître sur Newton, vulgarise les Éléments de la philosophie de Newton (1738).

Désirant initier Mme du Châtelet à l'Histoire, il entreprend Le Siècle de Louis XIV, dont les premiers chapitres imprimés sont saisis en 1739 (première édition en 1752), et l'Essai sur les mœurs (publications partielles en 1745 et en 1750, définitive en 1756). Marc-Pierre D'Argenson, son ancien condisciple chez les jésuites de Louis-le-Grand, devenu ministre, le rappelle à Versailles (1744). Pendant trois ans, Voltaire va s'acquitter de diverses missions diplomatiques et s'abandonner au tourbillon de la cour. Historiographe du roi, puis gentilhomme ordinaire de la chambre, il écrit des opéras pour les fêtes royales. En 1746, il entre à l'Académie. Mais, à la cour, Voltaire se fait des ennemis, dont Mme de Pompadour. Il fréquente alors à Sceaux la cour plus riante de la duchesse du Maine. Dans Memnon, histoireorientale (1747), première version de Zadig, il décrira toutes ses mésaventures de courtisan.

Le philosophe exilé

Ses imprudences lui valent de nouveau la disgrâce, et Voltaire trouve refuge auprès du roi Stanislas, à Lunéville. La mort brutale de Mme du Châtelet (1749) le plonge dans le plus grand désarroi. Aussi cède-t-il rapidement aux avances de Frédéric II, le roi de Prusse. C'est à Berlin qu'il achève Le Siècle de Louis XIV et le Poème sur la loi naturelle (1756), et s'engage avec Micromégas (1752) dans la voie du conte philosophique. L'opposition de Voltaire à Maupertuis, président de l'académie de Berlin, lui vaut de se brouiller avec le monarque ; il doit fuir, en 1753. De son exil prussien il a retiré une expérience : il a vu le revers de la médaille du despotisme éclairé. Il rentre en Alsace, puis, décidéà trouver le calme hors de France mais près de la frontière, il s'installe en 1755 aux " Délices ", aux portes de Genève. À soixante ans, Voltaire découvre la nature, la vie rustique. Avec Mme Denis, sa nièce devenue sa maîtresse dix ans auparavant, il reçoit ses amis. Paraissent en 1756 le Poème sur le désastre de Lisbonne, inspiré par le tremblement de terre de l'année précédente, où il attaque la philosophie de Leibniz, et une nouvelle édition de ses Œuvres complètes, qui fait suite à celles de 1746, 1748, 1751 et 1752. Il s'engage dans la bataille de l'Encyclopédie, à laquelle il contribue de 1754 à 1758, et accable de satires et de pamphlets les ennemis des philosophes. De sa brouille, célèbre, avec Rousseau, naîtra un petit chef-d'œuvre du conte philosophique : Candide ou l'Optimisme (1759). En 1760, Voltaire s'installe définitivement à Ferney, à portée de la Suisse, prêt à s'y réfugier à la moindre alerte. Par sa vaste correspondance (plus de 6 000 lettres de 1760 à 1778), il est en relation avec toute l'Europe : Frédéric II, Catherine de Russie, les rois de Pologne, de Suède, du Danemark. Il écrit surtout à Paris, où Thiériot (son ami de toujours) et d'Argental font jouer ses pièces, ou d'd'Alembert, Helvétius, Condorcet diffusent sa prose, où Choiseul et Turgot le protègent de leur influence. À Ferney, son activité est prodigieuse. Il entreprend, à propos de l'affaire Calas (1762/1765), dans laquelle un huguenot est injustement accusé du meurtre de son fils, une lutte contre l'intolérance et les tares de la justice ; il publie le Dictionnaire philosophique portatif (1764), de nouveaux contes philosophiques (L'Ingénu, 1767 ; L'Homme aux quarante écus, 1768 ; La Princesse de Babylone, 1768) et poursuit son œuvre théâtrale (Les Scythes, 1767 ; Sophonis, 1774 ; Irène, 1778). Le patriarche de Ferney mène jusqu'au bout son combat (en protestant, par exemple, contre l'exécution du chevalier de La Barre) tout en prenant une part active au développement économique de Ferney et de sa région. À quatre-vingt-quatre ans, Voltaire fait un retour triomphal à Paris et meurt peu après.

Un prodigieux écrivain

Historien, philosophe pamphlétaire, conteur, encyclopédiste, Voltaire fut un prodigieux polygraphe ; ses œuvres complètes dans l'édition " de Kehl ", supervisée par Beaumarchais (1785-1789), ne comptent pas moins de soixante-dix volumes. Elles sont le témoignage d'un esprit toujours en éveil, d'une intelligence lucide et volontiers irrévérencieuse. L'Église ne lui pardonna pas le fameux slogan, " Écrasez l'Infâme " (lettre à Damilaville, 26 juillet 1762), et son inhumation en terre chrétienne (avant la translation au Panthéon en 1791) ne put être opérée qu'au prix de la clandestinité. Ardent défenseur du progrès et de la civilisation contre Rousseau, il a léguéà la langue un adjectif : être voltarien, c'est refuser d'être dupe.
publié dans : biographies
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