GALILEE, OU LA VERITE;
La vraie philosophie ne commença à luire aux hommes que sur la fin du XVI siècle.
Galilée fut le premier qui fit parler à la physique le langage de la vérité et de la raison : c’était un peu avant que Copernic, sur les frontières de la Pologne, avait découvert le véritable
système du monde.
Galilée fut non seulement le premier bon physicien, mais il écrivit aussi élégamment que Platon, et il eut sur le philosophe grec l’avantage incomparable de ne dire que des choses certaines et
intelligibles.
La manière dont ce grand homme fut traité par l’Inquisition, sur la fin de ses jours, imprimerait une honte éternelle à l’Italie si cette honte n’était pas effacée par la gloire même de Galilée.
Une congrégation de théologiens, dans un décret donné en 1616, déclara l’opinion de Copernic, mise par le philosophe florentin dans un si beau jour, «non seulement hérétique dans la foi, mais
absurde dans la philosophie ».
Ce jugement contre une vérité prouvée depuis en tant de manières est un grand témoignage de la force des préjugés. Il dut apprendre à ceux qui n’ont que le pouvoir à se taire quand la philosophie
parle, et à ne pas se mêler de décider sur ce qui n’est pas de leur ressort.
Galilée fut condamné depuis par le même tribunal, en 1633, à la prison et à la pénitence, et fut obligé de se rétracter à genoux.
Sa sentence est à la vérité plus douce que celle de Socrate ; mais elle n’est pas moins honteuse à la raison des juges de Rome que la condamnation de Socrate le fut aux lumières des juges d’Athènes
: c’est le sort du genre humain que la vérité soit persécutée dès qu’elle commence à paraître.
Voltaire,
Essai sur les Mœurs (CXXI).
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